Signaux d'alerte

Vous, parents, éduqués ou non dans la foi, vous n'attendiez que cela : que votre jeune, devenu majeur, quitte le nid, ayant trouvé sa voie. Vous pensiez que la reconnaissance d'un groupe par une autorité valait garantie de validité. Vous ignoriez que le discernement des vocations n'avait rien à voir avec le recrutement.

 

1. Un jour, l'impensable est arrivé : votre enfant devenu adulte a fait de vous son "ennemi".

  • votre jeune vous a annoncé qu'il partait faire une retraite d'une semaine et n'est jamais revenu
  • votre jeune s'est mis à vous reprocher votre tiédeur, à vous juger d'après ses préceptes radicaux
  • votre jeune a dissimulé son attrait pour la vie religieuse ou consacrée par peur de la consigne
  • votre jeune est tombé sous l'emprise d'un confesseur qui a pris le pouvoir sur sa vie.

Vous ne saviez rien de la foi. Elle a pris l'apparence d'une dureté de coeur insoupçonnée, ou bien vous connaissiez la grandeur d'un appel à la vie religieuse et vous vous êtes senti trompés.

 

Vous avez repassé dans votre coeur tous les signes avant-coureurs auxquels vous ne vous étiez pas arrêtés. Vous avez interrogé ses amis, qui vous ont confirmé :

  • la dissimulation de sa vocation
  • son changement de regard d'attitude ou de caractère, dans le vêtement, dans les distractions
  • son choix de poursuivre ou non ses études
  • ses fréquentations religieuses exclusives.

Vous ne saviez pas que "tout ce qui brille n'est pas de l'or" s'appliquait à tous.

 

Bah ! Vous a-t-on répondu : un jeune anti-conformiste ? Il s'en voit tous les jours ! Un mode de vie radical ? Il faut de tout pour faire un monde ! Une vocation non éprouvée ? Messire DIEU premier servi !

 

2. Une fois, votre jeune entré en communauté : vous étiez impuissants à l'aider !

 

Vous avez vu sa lente dégradation physique et psychique. Vous l'avez supplié : rien n'y a fait !

  • votre jeune est devenu étriqué, a modifié son écriture, sa voix, sa démarche, sa prudence
  •  votre jeune a été envahi par le mutisme, l'infantilisation, les scrupules et la culpabilité
  • votre jeune a connu un rythme effréné, a été privé de soins, de nouvelles extérieures, exorcisé.
  • votre jeune a abdiqué son intelligence au nom d'une obéissance mal comprise.
  • votre jeune a subi une relecture de vie : vous étiez la cause de son mal-être radical.

Vous avez repassé dans votre coeur tous les signes révélateurs de son emprise :

  • la disparition de sa capacité à se remettre en question
  • la perte de sa capacité de concentration, la rupture avec son environnement d'origine
  • son état de confusion devant toute remise en cause
  • la diabolisation du monde extérieur
  • sa paranoïa devant les journalistes ou ceux qui seraient jaloux de son groupe
  • son insistance à répéter qu'il serait libre et parfaitement heureux.

Vous avez écrit, alerté les responsables pastoraux, supplié les supérieurs. Rien n'y a fait !

 

Bah ! Vous a-t-on répondu : coupez le cordon ! Il ou elle est majeur, laissez-le ou la tranquille ! Vous êtes contre sa vocation ! Vous ne connaissez rien à la vie spirituelle !

 

3. Les années ont défilé : VOUS lui devez secours et assistance !

 

Vous ne saurez jamais le moment où votre proche va s'en sortir. Qu'a-t-il perçu de sa propre déstabilisation mentale, des responsabilités de ceux qui l'ont entouré ?

  • vous avez pris de l'âge et redoutez de ne pas tenir le coup physiquement pour le jour où...
  • vous avez croisé votre grand adulte dans le couloir d'un hôpital psychiatrique
  • vous assurez l'entretien d'un grand adulte le temps qu'il se rétablisse : c'est-à-dire ?
  • vous vous efforcez de renouer avec un proche ayant, parfois, perdu tout sens filial et familial.
  • vous ne savez pas décrypter l'idéologie dont il est encore imprégné et vous abreuve.
  • vous n'avez ni l'énergie ni les moyens de l'aider à porter plainte. Ni témoins, ni justice !

Vous vous êtes tus. Votre entourage vous méprise ou vous rejette. Que reste-t-il à faire ?

 

L'association Sentinelle constitue une passerelle entre individus et institutions. Elle tisse du lien social.

 

L'association connaît et respecte la spécificité de la vie religieuse et consacrée communautaire. Elle est confrontée à toutes sortes de victimes de communautés anciennes ou nouvelles, rattachées à l'Eglise catholique ou proches de la mouvance intégriste, soit directement, soit par l'intermédiaire de leurs proches. Elle n'étudie pas les croyances, mais les symptômes de déstabilisation mentale. Elle accompagne les victimes d'emprise mentale par ses conseils personnalisés. Elle cherche à réparer les fractures dues à l'embrigadement.

 

Ses membres sont formés à l'emprise mentale et capables de discernement, dans une écoute bienveillante. Elle connaît la répugnance des victimes directes de dérives à ressasser certaines périodes de leur existence :

  • dépressions
  • stress post-traumatique
  • défauts de papiers d'identité pour défaut de facture à son nom
  • mise à l'écart temporaire ou définitive de la vie sociale
  • relativisation de la gravité des conséquences de l'emprise mentale.

Le besoin de reconnaissance, de justice et de réparation est légitime.

 

L'association veut, surtout, contribuer à une prise de conscience individuelle et collective sur le seuil d'acceptabilité de la violence privée en milieu religieux. Ne nous laissez pas seuls !