Notre histoire

La question des dérives sectaires a pris une acuité particulière, en France, avec le suicide assisté collectif de membres de l’Ordre du temple solaire, en décembre 1995, dans le Vercors.

 

Dès 1996, le gouvernement Juppé créait l’Observatoire interministériel sur les sectes.

 

En 1996, certains parents se retrouvèrent démunis face à des situations de non-assistance à personne en danger concernant leurs enfants majeurs, religieux ou non, ayant basculé sous l’emprise de certains supérieurs ou fondateurs d’associations cultuelles, catholiques ou non. Ces parents remarquèrent des changements de comportements inexplicables chez leurs proches (dissimulation de leur engagement religieux, rupture des liens familiaux et amicaux, dépressions). Ils en perçurent peu à peu les causes (emprise mentale, culpabilisation, exorcisme, chantage, coups, extorsion financière, tentative d’internement psychiatrique ou de viol à l’insu des familles). La même année paraissait Les naufragés de l’Esprit, livre sous-titré "Des sectes dans l’Eglise catholique". Ce livre dénonçait les dérives du renouveau charismatique par la publication de témoignages d’anciens membres et d’analyses du fonctionnement de certaines communautés. Ces parents décidèrent d’agir en commun.

 

En 2000, Monsieur M-D Poujade, Docteur en droit, ancien conseiller à l’Assemblée nationale, soutint un mémoire de DEA, sur le thème de « l’attitude de l’Eglise catholique à l’égard des différents types de phénomènes sectaires » devant un jury de la faculté de Droit canonique de l’Institut catholique de Paris et de l’Université Paris XI Jean Monnet.

 

En février 2001, l’hebdomadaire La Vie publia "Des gourous dans les couvents", sous la plume de Jean Mercier, Bernadette Sauvaget et Laurent Grzybowski, dénonçant des situations d’emprise dans des communautés catholiques traditionnelles. Ce dernier journaliste reçut un millier de lettres dont la moitié était des lettres d’insultes, d’injures ou de menaces de mort (Cf. entretien sur Radio Notre-Dame du 12 février 2014). C’est aussi l’époque où fut adoptée la loi du 12 juin 2001 dite loi Abou-Picard créant un délit d’abus de faiblesse à l’égard des personnes adultes majeures. Dans la foulée, l’Eglise catholique mit en place, en 2001, le Service Accueil-Médiation pour la vie religieuse et communautaire. Le 28 novembre 2002, la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) succéda à la MILS (Mission interministérielle de lutte contre les sectes) instituée, le 7 octobre 1998, sous le gouvernement Jospin.

 

Le 12 novembre 2013, les Evêques de France réorganisèrent, à leur tour, leurs services pour créer officiellement une Pastorale des dérives sectaires, comprenant un Bureau national et une Mission d’écoute des victimes, chargée d’épauler les délégués répartis dans les diocèses (Cf. Communiqué de la CEF) Le 14 novembre, le Figaro, la Croix et l’Express se firent publiquement l’écho d’un courrier de Mgr Pontier, président de la Conférence des évêques de France, adressé nominativement à l’un des parents, signataire d’une pétition privée réunissant une quarantaine de victimes et victimes collatérales de dérives auteurs "d'un appel vigoureux". Pour la première fois, il était question de victimes de dérives sectaires dans l'Eglise catholique. Oui, quelque soient leurs croyances, y compris dans la sphère chrétienne, des jeunes majeurs épris d'absolu, pouvaient se retrouver victimes de harcèlement ou d'emprise communautaire, victimes d'abus de faiblesse aux conséquences leur étant gravement préjudiciables.

 

En janvier 2014, la création de l’association Sentinelle, association laïque, apolitique et aconfessionnelle, fut le résultat de cette lente prise de conscience collective du risque d'emprise communautaire...parce la violence privée d'un groupe ou d'un de ses membres envers une personne, qu'il y ait ou non atteinte à l'ordre public, reste toujours pénalement répréhensible.